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5 Oct, 2008 par

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Ce que ceci vous raconte n’est pas de la prose. Il peut être affiché, mais reste vivant & existant. Il ne veut pas vous séduire, à moins que vous ne soyez extrêmement jeune & bien foutu(e) (envoyez-nous une photo récente).

Hakim Bey vit dans un hôtel chinois malfamé où le propriétaire épingle partout des journaux & des publicités pour l’Opéra de Pékin. Le ventilateur du plafond tourne en une danse derviche lascive – la sueur coule sur les pages – le caftan du poète élimé, répandant de la poussière sur la couverture – son monologue semble décousu & légèrement sinistre – derrière les fenêtres fermées, le barrio (Quartier Latin) se transforme en un lieu de palmiers, d’océan bleu… la philosophie du tropicalisme.

Le long de l’autoroute, quelque part à l’est de Baltimore, vous arrivez à un camping-car avec un énorme logo sur la pelouse « LECTURES SPIRITUELLES » & l’image crue d’une main noire sur un fond rouge. À l’intérieur vous remarquez une disposition de livres de rêves, d’innombrables livres, des pamphlets sur le HooDoo & la Santeria, de vieux magazines poussiéreux sur le nudisme, une pile de « Boy’s Life », des traités sur les combats de coqs & ce livre, Chaos. Tels des mots parlés en un rêve, présages, divinatoires, évanescents, se transformant en parfums, oiseaux & couleurs, de la musique oubliée…

Ce livre se distancie de lui-même par une impassibilité de surface, presque une vitrosité. Il n’agite pas la queue & il n’aboie pas, mais il mord & bouffe les meubles. Il n’a pas d’ISBN & il ne désire pas que vous soyez un disciple, mais il se pourrait qu’il kidnappe vos enfants.

Ce livre est nerveux comme du café ou la malaria – il dispose un réseau de courts-circuits & de blancs de sécurité entre lui & ses lecteurs – mais il est si manifeste & littéral qu’il s’encode pratiquement lui-même en une stupeur.

Un masque, une auto-mythologie, une carte sans territoire – rigide comme une peinture égyptienne – pourtant, ce livre parvient à caresser un visage & se retrouve soudain dehors dans la rue, dans un corps, habillé de lumière, marchant, éveillé, presque satisfait.

Hakim Bey, New York, 1er mai – 4 juillet 1984. Traduction par Spartakus FreeMann 2008.

Marcel Duchamp, Nu descendant un Escalier, No.2, 1912.

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