Les Assassins

3 Juil, 2004 par

Les Assassins

Au travers de l’éclat du désert & des collines polychromes, des dunes chauves & violettes, au sommet d’une vallée d’un bleu délicat, les voyageurs découvrent une oasis artificielle, un château de style sarrasin enfermant un jardin caché.

En tant qu’invités du Vieux de la Montagne, Hassan I Sabah, ils gravissent les marches taillées dans le roc. Ici, le Jour de la Résurrection est déjà arrivé & s’en est allé – ceux qui vivent à l’intérieur sont en dehors du Temps Profane, qu’ils maintiennent éloigné avec leurs dagues & leurs poisons.

Au-delà des tours crénelées & fendues, des étudiants & des fedayins se réveillent dans de petites cellules monolithiques. Des cartes des cieux, des astrolabes, des alambics & des cornues, des piles de livres ouverts dans le rai de lumière matinale – un cimeterre sorti de son fourreau…

Chacun de ceux qui entrent dans le royaume de l’Imam devient un sultan de la révélation invertie, un monarque de l’abrogation & de l’apostasie. Dans une chambre centrale festonnée de lumière & tapissée d’arabesques, ils sont penchés sur des coussins & fument de longs chibouks de hashish parfumés d’opium & d’ambre.

Pour eux, la hiérarchie de l’être est contractée en un point sans dimension du réel – pour eux, les chaînes de la Loi ont été brisées – ils finissent leurs fêtes par du vin. Pour eux, l’extérieur de tout est son intérieur, son véritable visage est brillant. Mais les portes du jardin sont camouflées par le terrorisme, des miroirs, des rumeurs d’assassinats, des légendes trompe-l’œil.

Des grenades, des mûres, la mélancolie érotique du cyprès, des roses, des brassées d’aloès & des benjoins, des tulipes ottomanes, ces tapis disposés sur l’herbe – un pavillon avec une mosaïque de calligraphies – un saule, un courant d’eau – une fontaine taillée – un scandale métaphysique d’odalisques se baignant, « de l’eau, de la verdure et de beaux visages ».

La nuit, Hassan I Sabah comme tout homme civilisé portant son turban se penche sur le parapet au-dessus du jardin & regarde les étoiles, dupant les constellations de l’hérésie dans l’air frais et sans esprit du désert. Il est vrai que dans ce mythe, quelques disciples aspirants peuvent se voir demander de se lancer dans le vide du haut des remparts – mais il est également vrai que certains d’entre eux apprennent à voler comme des sorciers.

L’emblème d’Alamut est gravé dans l’esprit, un mandala ou un cercle magique perdu par l’histoire, mais imprimé et incorporé dans la conscience. Le Vieil Homme voltige tel un fantôme dans les tentes des rois & dans les chambres des théologiens, il traverse toutes les portes closes & les gardes avec des techniques ninja/musulmanes oubliées, laissant derrière lui de mauvais rêves, des stylets sur les oreillers, de puissants soudoyés.

L’essence de cette propagande s’infiltre dans les rêves criminels de l’anarchisme ontologique, l’héraldique de nos obsessions dévoile la bannière noire hors-la-loi lumineuse des Assassins… tous prétendants au trône de l’Égypte Imaginale, un continuum espace-temps occulte consumé par toutes les libertés encore non imaginées.

Hakim Bey.  Extrait de Temporary Autonomous Zones. Autonomedia Anti-copyright, 1985, 1991. Peut être librement piraté & cité. Traduction française par Spartakus FreeMann, Nadir de Libertalia, juillet 2004 e.v.

Max Ernst, The Whole City, 1935.

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